vu d'ici

25 janvier 2012

Égypte : des projections pour dénoncer les crimes de l'armée

Un an après la révolution, le climat est des plus moroses en Égypte. Nombreux sont ceux qui estiment s'être faits confisquer la révolution et tout particulièrement les jeunes militants pro-démocratie. Le pays est toujours régi par un conseil militaire dont les troupes s'illustrent en matière de violation des Droits de l'Homme. Les images montrant comment les militaires usent d'une grande violence à l'encontre des militants qui continuent à manifester place Tharir, ont fait le tour du monde. Le mois dernier, le cas d'une jeune femme tabassée et traînée à terre par les forces de sécurité au cours d'une manifestation réclamant la fin de la transition militaire, avait ému la communauté internationale.

Le mouvement "Askar Kazeboon" sous haute surveillance..Seulement voilà, en Égypte, ces images ne sont pas diffusées par la télévision officielle. Des activistes ont donc créé le mouvement, "Askar Kazeboon", littéralement militaires menteurs". Objectif : organiser des projections sauvages, notamment dans les quartiers populaires, pour montrer le vrai visage de l'armée à la population. Le matériel vidéo utilisé est composé d'une multitude de petites vidéos collectées par le groupe et d'autres tournées par Askar Kazeboon. Le mouvement s'est aussi lancé dans la vente de DVD, sous le manteau. Un militantisme qui peut s'avérer dangereux : un organisateur du mouvement a récemment été assassiné.

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21 décembre 2011

Égypte : marre des militaires

Cinquième jour de violences en Egypte. Les combats aux alentours de la place Tahrir opposent toujours les manifestants aux soldats. Les militaires sont à la tête du pays depuis la révolution et les protestataires veulent qu'ils quittent le pouvoir au plus vite. Ils contestent notamment la nomination de Kamal el-Ganzouri au poste de premier ministre. Selon un dernier bilan 14 personnes ont été tuées et 600 autres blessés.

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19 décembre 2011

Ce qu’il s'est passé le samedi 17 décembre


Il est midi et Tahrir fourmille de voitures. C'est bon signe, signe de la vie qui reprend, enfin. Les chauffeurs de taxi passent leurs nerfs sur leur klaxon, leurs par-chocs frôlent des piétons qui ont appris à ne plus attendre que le flot de voitures ralentisse. Ils avancent sur la route tendant le bras au niveau de leur taille et traversent en regardant le moins possible les voitures qui se dirigent sur eux. Les embouteillages, je les apprécie presque maintenant. C’est l’une des rares réalités restée intacte avec la révolution. L’un des rares repères qu’il me reste en Egypte.

Au coeur de la place, sur le terre plein circulaire, quelques tentes blanches où une dizaine de manifestants sirote un thé dans une ambiance bon enfant. D’ailleurs des gosses proposent de peindre les mains ou les joues des visiteurs au couleur du drapeau égyptien. Il y a certes des combats dans l’avenue Qasr el Aini attenante à la place et qui dessert les lieux les plus sensibles, Parlement, Conseil des ministres, et plus loin, la fameuse “dakhaleya”, le ministère de l’Intérieur, dont la seule évocation du nom a fait frémir les Egyptiens trentes années durant.

Des combats donc. Mais rien de comparable avec le chaos d’il y a trois semaines (voir les post précédents). Aujourd'hui, une petite centaine de manifestants s’opposent à quelques dizaines de CRS. Sur cette avenue, à mi-chemin entre les deux parties, un bâtiment prend feu. C’est l’Institut d’Egypte qui renferme de précieux manuscrits du temps de Napoléon Bonaparte. Qui a allumé l’incendie ? Impossible de le savoir.

Mais encore une fois, la place est calme. Et aucune manifestation n’est prévue.
Nous montons au huitième étage de l’hôtel Ismaelia pour filmer Tahrir sous un autre angle. Du balcon, vue plongeante sur les embouteillages, bref, le bouillon quotidien. Sur la droite, le feu qui ravageait l’Institut est maintenant maîtrisé par les lances à eau des pompiers.

C’est alors que surgissent de la rue Mohamed Mahmoud, l’un des autres accès qui mène à la place, des centaines de soldats armés de matraques. Les passants courent dans tous les sens comme si une bombe venait d’exploser. Effroyable scène de panique à laquelle nous assistons complètement impuissants. Les voitures ne prennent plus le temps de klaxonner, elles foncent vers les rues les plus proches. En moins d’une minute, la place est déserte. Les soldats entrent en action et lynchent systématiquement toute personne qui leur tombe sur la main, homme ou femme. Depuis la fenêtre, je vois un jeune en blanc s’écrouler sous les coups. A ses côtés, deux autres corps gisent inanimés. Peut-être sont-ils toujours vivants mais personne n’ose leur porter secours. Les soldats avancent en direction de la place en reprenant en coeur un même refrain militaire comme pour se donner du courage. Sur leurs matraques en fer, on distingue maintenant clairement le sang des victimes. Le sang également sur les bâtes en bois d’assaillants cette fois-ci en tenue civile. Soldats et hommes de main vont jusqu’à la bouche de métro chercher des gens à tabasser. Nous sommes à l'avant poste d'un massacre.

Quand ils n’ont personne à frapper, ils arrachent les tentes des commerçants qui vendent du thé ou des biscuits sur la place. Leurs propriétaires se prennent la tête entre leurs deux mains devant le saccage. Ils tentent d’arrêter les soldats qui n’en sont que davantage enragés. Après avoir émietté un scooter, un militaire fait explosé le pare-brise d’un innocent taxi blanc - sans doute le seul revenu d’un Egyptien qui a investi toute sa vie dans cet achat. J’essaie d’imaginer ce qui lui passe par la tête en détruisant ce véhicule. Comment, lui, peut ignorer le fait que les chauffeurs de taxi sont parmi ses plus farouches défenseurs car de la sécurité du pays dépend leur travail ? Sans doute est-il le chef et agit par excès de zèle. Bientôt, certains camarades l’arrêtent mais d’autres arrivent et fracassent de plus bel le véhicule.  Les soldats incendient maintenant les tentes qu’ils avaient pourtant démoli, devant leurs propriétaires hébétés. Des feux géants se soulèvent aux emplacements de ces campements à deux sous. Et des explosions retentissent. Sans doute les bouteilles de gaz des marchands de thé.

Dans le ciel plombé d’une aveuglante fumée noire, des tirs claquent dans tous les sens. Des tirs de sommations vraisemblablement. Mais impossible d’en être sûr. En l’espace d’une demie-heure qui semble durer des heures, Tahrir est devenue un enfer, un coupe-gorge. Dans ce chaos, je vois le manifestant en blanc que je croyais mort relever son buste.  Je regarde le ciel et respire un grand coup. A côté de lui, il y a toujours un corps inanimé. Il semble si frêle, si innocent. J’aimerais pouvoir agir mais ne peut que crier dans le vide.

Des soldats se rendent compte qu’ils sont filmés. Du bas de l’immeuble, ils lèvent la tête et nous menacent. Dix minutes plus tard, trois hommes en civil, armés de matraques et ruisselants de sueurs après avoir montés quatre à quatre les huit étages, nous crient dessus tels des tigres enragés. Ils brandissent leur matraque et nous demandent notre matériel. Ils finissent par trouver la caméra et je vois leur chef s’en saisir et la briser contre le sol. Tout le matériel, y compris la prise multiple, d’une autre équipe sera jetée du huitième étage. Même méthodes que durant la révolution. Comment peuvent-ils reproduire encore et encore une stratégie qui a, au contraire, motivé il y a dix mois davantage les Egyptiens à manifester ?

Impossible désormais de sortir de l’hôtel. Au bout d’une heure et demi, un des assaillants en civil accepte de nous évacuer. “Nous sommes des renseignements militaires, c’est juste qu’aujourd’hui nous avons reçu l’ordre d’être en civil, confie-t-il. On a pour ordre de frapper pour intimider seulement. C’est comme le matériel des journalistes, on doit casser celui des télé égyptiennes, pas des étrangères. Mais dans les deux cas, il y a toujours des débordements, excusez-nous”.

A la nuit tombée, à proximité de l’avenue Qasr el Aini, plus d’une cinquantaine de camions bleu marine de force de l’ordre sont stationnés les uns derrière les autres. Je n’en avais jamais vu autant depuis la révolution. A l’intérieur, les policiers prennent des forces en mangeant des mandarines dont les pelures jonchent déjà le sol. Voilà les premières équipes qui se préparent déjà à entrer en action.

En assistant à la scène, le chauffeur de taxi qui me ramène chez moi répète des sourates du Coran comme pour éviter la fatalité.
- Vous venez d’où ? me demande-t-il.
- De France
- Alors c’est vous avec les Allemands qui êtes à l’origine de tout ça ?
- Pardon ?
- Allez... faites pas semblant de ne pas savoir. Je vous ai pris dans la rue Hoda Sharawi, c’est là où vous et les manifestants fomenter la mise à sac de notre pays...


Une terrible rumeur, une de plus ... J’essaie de lui faire comprendre que lui et les manifestants ont, in fine, le même objectif, à savoir, un pays de droit.

- Merci mais on n’a pas besoin d’eux. Tout irait mieux s’ils rentraient chez eux et laissaient sa chance au nouveau gouvernement.

Ce nouveau gouvernement, mené par un ancien de Moubarak, qui vient de reprendre en direct sur les chaînes publiques égyptiennes le même argument terrible que lors de la révolution  : “Des mains étrangères orchestrent les troubles que nous vivons”. La fameuse théorie du complot.

Les événements de ces derniers jours semblent confirmer ce que tous les manifestants redoutaient. Le 11 février, lorsque Moubarak est parti c’était pour mieux passer le flambeau à l’armée dont le rôle est de faire perdurer le régime. Même joueur joue encore. C’est pourquoi les manifestations continuent. Les révolutionnaires ont l'impression de s'être fait berner. Pour eux, la révolution, c’est maintenant qu’elle se joue.

 

Une chanson d'amour dont les paroles se prêtent tellement bien à la révolution.

 What Becomes Of The Brokenhearted (Jimmy Ruffin)

 


As I walk this land with broken dreams
Comme je marche dans ce monde avec des rêves brisées

I have visions of many things
J'ai des visions de plusieurs choses

Love's happiness is just an illusion
Le bonheur de l'amour est juste une illusion

Filled with sadness and confusion
Remplie de tristesse et de confusions

[Chorus]
[Refrain]
What becomes of the brokenhearted
Que deviennent les coeurs brisées

Who had love that's now departed ?
Qui ont aimés et qui sont maintenant séparés ?

I know I've got to find
Je sais que je vais trouver

Some kind of peace of mind, maybe
Quelque instants de sérénité à mon esprit, peut être...

 

The fruits of love grow all around
Le fruit de l'amour grandit tout autour

But for me they come a-tumblin' down
Mais pour moi, ils deviennent un délabrement

Every day heartaches grow a little stronger
Tous les jours le chagrin devient plus fort

I can't stand this pain much longer
Je ne peux endurer cette douleur plus longtemps

I walk in shadows searching for light
Je marche dans les ténèbres cherchant la lumière

Cold and alone, no comfort in sight,
J'ai froid et je suis seule, pas de réconfort en vue

Hoping and praying for someone to care
Espérant et priant pour que quelqu'un fasse attention

Always moving and going nowhere
Toujours en bougeant et en allant nulle part

[Chorus]
[Refrain]

I'm searching though I don't succeed,
Je suis en train de chercher bien que j'ai réussis

But someone look, there's a growing need
Mais quelqu'un regarde, il y a un besoin qui grandit

Oh, he is lost, there's no place for beginning,
Oh, il est perdu, il n'y a pas d'endroit pour commencer,

All that's left is an unhappy ending
Tout ce qu'il laisse et une fin non heureuse

[Chorus]
[Refrain]
I'll be searching everywhere
Je suis en train de chercher partout

Just to find someone to care
Juste pour trouver quelqu'un qui fera attention

I'll be looking every day
Je chercherais tout les jours

I know I'm gonna find a way
Je sais que je trouverais un chemin

Nothing's gonna stop me now
Personne ne m'arrêtera maintenant

I will find a way somehow
Je trouvais un chemin d'une façon ou d'une autre

Et celle, merveilleuse, de Yasser Manawehly

 

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17 décembre 2011

Tourisme : Redécouverte du patrimoine égyptien

 

saqqaraLes touristes boudent l’Egypte. Près de 40% en moins cette année. Et c’est encore bien plus inquiétant après les nouvelles émeutes sur la place Tahrir. Au Caire, les touristes sont maintenant très rares. Comment refaire venir les touristes  ? Les autorités misent sur les vieilles pierres...

Reportage dans les Carnets du Monde (Europe 1)

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08 décembre 2011

Reportage dans le fief des salafistes

On pense d’abord à une mise en scène. Les unes derrière les autres, les voitures se succèdent sur les chemins de terre avec à leur bord une armée d’hommes tous identiques derrière leur longue barbe noire. Les salafistes du parti radical El Nour (“la lumière”), créé au lendemain de la révolution, sont plus que jamais en campagne et cela s’entend. Accroché à l’un des véhicules, un haut-parleur poussé à son niveau maximum diffuse en boucle le même message “continuez à voter pour nous !”. Tout un vacarme alors que ces fondamentalistes, qui revendiquent un retour à l’islam des origines, prêchent pourtant ici des convaincus. A Ennahda, à trente minutes de route d’Alexandrie, comme dans les 31 villages agricoles alentours, le parti el Nour a remporté 95% des votes. Les électeurs ? Des paysans démunis, pour la majorité analphabètes, qui ont vu en les salafistes leurs sauveurs. Dans cette région agricole, pas d’égouts, ni de routes. El Nour a fait sensation en autofinançant les premiers hôpitaux et les premières écoles. Derrière la fenêtre de son 4X4 d’où il salue la foule, Talaat Marzouq, élu député dès le premier tour confie : “Nous accompagnons les habitants de leur naissance à leur mort. Nous nous occupons des fêtes de naissance, puis des mariages et des décès, alors c’est normal qu’ils nous apprécient”. Le salafiste vient soutenir un autre candidat d’el Nour qui lui est en ballotage avec un Frère musulman pour le second tour.
Arrivé devant une modeste bâtisse aux murs encore aux briques apparentes, Talaat demande au chauffeur d’arrêter la voiture. ll s’agit de l’école primaire aménagée par les salafistes, sa plus grande fierté, l’exemple à suivre, selon lui, à travers l’Egypte. Le constat a pourtant de quoi effrayer. Dans une classe de CP, les écolières voilées sont assises d’un côté et les garçons de l’autre. Au milieu, l’institutrice couverte des pieds à la tête et dont on ne distingue même pas les yeux, leur apprend la fatiha, la profession de foi islamique.

Le parti el Nour a pour le moment été choisi par un quart des Egyptiens pas seulement aux environs d’Alexandrie mais aussi au Caire. Devant eux, les islamistes du parti “justice et liberté” des Frères musulmans, qui se veulent légèrement moins radicaux. Ils ont remporté 36,6% des voix. Arrive enfin loin derrière la coalition des partis libéraux et centriste (qui compte beaucoup de coptes), avec 19% des voix. Les bons résultats du parti salafiste s’explique par une stratégie électorale bien affutée selon Ahmed Diad, chercheur en sciences politiques : “Ils ont axé leurs actions sur les zones rurales et cela fonctionne car on y trouve une forte densité de population. Mais dans les villes, leur score est ridicule”.

Dans le quartier chic de Maadi, au Caire, Mohamed Nour, le porte-parole du parti el nour enchaîne les interviews. A 30 ans, cet Egyptien incarne l’image d’un salafiste ouvert, parlant anglais, ayant étudié la communication et se passionnant pour le cinéma :  “Nous voulons un pays moderne qui respecte les grands principes de l’islam, à savoir la liberté et l’égalité de tous devant la loi, explique-t-il.  Notre exemple n’est donc absolument pas l’Arabie Saoudite. Nous voulons être plus modernes que les Turcs !” Une modernité dont on doute pourtant en voyant les affiches du parti où des fleurs ont remplacé les portraits des candidats. “C’était leur choix, nous ne leur savons rien imposés, elles sont libres”. Libres de devenir, par exemple, danseuses du ventre si elles le souhaitent ?  “Non bien sûr, il faut interdire la danse du ventre et les cabarets. C’est dégradant pour la femme”. Un discours très ambigu que l’on retrouve également sur la question du port du voile. Alors que les cadres du parti martèlent qu’ils ne forceront jamais une femme à porter le hijab s’ils arrivent au pouvoir, la plupart d’entre eux exigent pourtant à leurs interlocutrices qu’elles se couvrent la tête en guise de respect...  A cela s’ajoute une série de déclarations toutes plus farfelues les unes que les autres comme celles du chef salafiste Abdel-Moneim Al-Chahhat qui estime que les romans de l’écrivain égyptien Naguib Mahfouz “encouragent au vice comme la drogue et la prostitution”. L’image la plus choquante étant sans doute la fontaine d’Alexandrie drapée le temps de la conférence de presse du parti el Nour car représentant des corps de ... sirènes.
Les salafistes disent être en tout 15 millions soit 10% de la population, un chiffre qui semble exorbitant mais que Ahmed Diab, le chercheur confirme pourtant : “Ils sont deux fois plus importants que les Frères musulmans pour une simple raison, l’ancien régime a encouragé les salafistes du moment qu’ils se tenaient loin de la politique. Ils ont pu développer leurs activités au vu et au su de tous alors que les Frères musulmans ont été chassés, opprimés, torturés”.

Le raz de marée salafiste a surpris jusqu’au sein du parti “justice et liberté” des Frères musulmans qui pensaient mener leur barque loin devant leurs adversaires. Va-t-on vers une alliance entre les deux partis islamistes ? Il n’en est pas question, au moins pour le moment aux dires de Ossama Yassine, le vice-secrétaire du parti.  “Chez les frères musulmans, on est tous modérés. On a étudié un islam simple, loin de l'extrémisme. Mais chez les autres courants on ne peut pas savoir. Le problème avec les salafistes, c'est qu'ils n'appartiennent pas une organisation bien déterminée. C'est difficile de connaître leurs idées précises”.

Les frères musulmans devraient remporter 35% du Parlement. Pour être majoritaires, ils vont pourtant devoir choisir entre salafistes ou libéraux. Cette percée des islamistes n’inquiète pas outre mesure Ahmed Sami, jeune journaliste égyptien moderne et libéré : “Le futur parlement sera islamiste, c’est le choix du peuple et il faut le respecter. Mais je suis convaincu que leur politique sera un véritable échec et qu’ils seront rapidement chassés du pouvoir, affirme-t-il, un rien optimiste. Ils ne pourront pas faire passer les lois qu’ils souhaitent car les jeunes de Tahrir redescendront. On ne va pas se faire manipuler comme ces trente dernières années”.  (La Vie)

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05 décembre 2011

Egypte : La vague islamiste

Lors du premier tour des législatives en Egypte, les islamistes ont récolté 65 % des voix la semaine dernière, toutes tendances confondues. Les Frères musulmans se sont taillés la part du lion devant les salafistes dont le score est sans doute la très grosse surprise du scrutin. Qui sont ces radicaux fondamentalistes ?

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01 décembre 2011

Les coptes inquiets face à la montée de l'islamisme

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Alors que les manifestations continuent en Egypte pour exiger le départ du maréchal Tantaoui, chef du Conseil suprême des forcées armées, et que le nombre de morts ne cesse d'augmenter à quelques jours des premières élections libres depuis 30 ans, notre reporter est repartie à la rencontre des Coptes, qui se sentent de plus en plus isolés. (La Vie)

Collées aux arbres, suspendues maladroitement aux balcons ou placardées au dos des voitures, les affiches électorales ont innondé les rues du Caire. Et des terrasses des cafés jusqu’à l’intérieur des maisons, elles alimentent des débats acharnés entre Egyptiens qui redécouvrent la liberté d’expression après trente ans d’oppression.


22084_chretienne_rafaelA partir du lundi 28 novembre et jusqu’à fin décembre, ils éliront, en trois étapes, les 445 députés de la future assemblée égyptienne qui aura la lourde tâche de rédiger la nouvelle constitution du pays. Parmi les candidats, des socialistes, des libéraux mais aussi des salafistes ou des communistes. Les Frères musulmans, réunis au sein du parti "justice et liberté" sont d’ores et déjà donnés grands vainqueurs. Ils devraient rafler un tiers des sièges du Parlement. Opprimés, torturés, emprisonnés sous l’ancien régime, ils sont considérés comme de véritables héros par les Egyptiens les plus démunis qui doivent leur survie aux nombreux services (hôpitaux, écoles...) apportés par la confrérie. 
Mais leur programme, basé par la pratique rigoriste de l’islam à travers le respect de la charia, la loi islamique, terrifie la minorité copte qui représente 12% de la population. Ces chrétiens vivent cette période électorale comme on se prépare à un séisme.


A Ezbet Rafael, un village à cinq heures de route au sud du Caire, le temps semble s'être arrêté. Les habitants se déplacent encore à dos d'âne sur des ruelles en terre. Mais la bourgade qui compte 300 familles coptes orthodoxes pour 150 musulmanes, n'est pas épargnée par le tourbillon électoral. Les affiches du parti "justice et liberté" sont là aussi omniprésentes.
Le Père Benyamin, la trentaine, en charge des chrétiens du village, se bat pour que la tempête islamiste soit évitée. Pour prouver que tout est possible à force de volonté, il indique de l'index son église, sa plus grande fierté. "Il ne lui manque plus que ses papiers officiels !" lance-t-il énergiquement faisant valser sa longue toge noire frappée de deux croix jaunes.  Derrière lui, l'édifice impressionne par sa discrétion. De l'extérieur, rien ne laisse à penser qu'il s'agisse d'une église. Quand il est arrivé ici en 2003, il y avait des dizaines de mosquées mais pas un lieu de culte pour les coptes, faute de permission pour en ériger un. "Mais 300 familles chrétiennes, ça compte tout de même !". Une nuit, dans ses prières, il reçoit un appel pour construire une église malgré le refus des autorités. Sitôt le chantier débuté, commence le calvaire pour le prêtre : Les interminables interrogatoires dans les locaux du commissariat d'Assiout, la ville la plus proche, les menaces de mort, l'envoi des cinq policiers postés jour et nuit devant le chantier pour éviter l'édification de l'église. Mais Père Benyamin tient bon et finit la construction. Aujourd'hui, huit mois après la révolution, les policiers ont disparu et le prêtre en a même profité pour bâtir rapidement un troisième niveau à son église. "Cette expérience m'a prouvé qu'il ne faut jamais baisser les bras, même dans les moments les plus sombres", témoigne-t-il.
S'il tient tant aujourd'hui à obtenir des papiers officiels pour son église, c'est pour la rendre moins vulnérable face à une poignée de fanatiques musulmans qui, poussés par des cheikhs pour perfusion financière et idéologique de l'Arabie Saoudite, n'hésitent à pas incendier une église sous prétexte qu'il y ait un doute sur les conditions qui entourent sa construction. Ce fut le cas le 9 octobre dernier à Marinab, une petite ville dans la région d'Assouan. Les assaillants, des salafistes, ont attaqué le lieu de culte à coup de cocktail molotov. La colère des coptes a soufflé jusqu'aux Caire où des centaines d'entre eux ont marché jusqu'à Maspero, les locaux de la télévision publique devenus leur point de repère. Le rassemblement pacifique se termine en carnage :  25 manifestants, selon le bilan officiel, meurent sous les balles et les coups des militaires  -qui administrent le pays depuis la chute de Moubarak - ainsi que des baltaguis, hommes de main payés pour semer le trouble. Ici, en Haute Egypte comme dans le reste du pays, cette attaque a fini d'achever les espoirs des coptes nés au lendemain du 25 janvier. "Avant la révolution, il y a eu l'attentat contre l'église d'Alexandrie (ndlr :le soir du 31 décembre 2010, 21 morts) et maintenant, il y a Maspero. Qu'est-ce que la révolution nous a apporté ? C'est encore pire. Au moins la dictature protégeait un minimum les minorités, maintenant, c'est le chaos, les fanatiques n'ont plus personne à craindre", s'emporte Emad, un père de famille désabusé qui trouve du réconfort en passant tout son temps libre à servir sa paroisse.

22084_benjmainPère Benyamin a conscience qu'une étincelle peut provoquer le feu entre les deux communautés. Pour cela, il s'est constitué dans le village un réseau de personnes influentes - musulmanes et chrétiens- pour pouvoir désamorcer les tensions le cas échéant. A l'école publique du village, le prêtre est accueilli par son directeur, musulman. Les deux hommes combattent ensemble les discriminations qui sévissent sur les bancs de classe. Car le constat est désolant. Abanob, 15 ans, scolarisé au collège voisin, confie :  "Nos professeurs nous demandent d'apprendre des passages entiers du Coran, comme s'il s'agissait de poésies ! Il faut ensuite les réciter devant toute la classe. Si on refuse, ils nous punissent.  Il y a aussi les cours de religions. Dans mon école, ça se limite aux leçons sur le Coran. Ils pourraient nous séparer mais ils ne le font pas. Quand j'étais plus jeune, j'avais des amis musulmans mais plus j'ai grandi, plus mes rapports avec eux sont devenus difficiles. Maintenant, on se contente de se dire bonjour de loin". Chaque mois, Père Benyamin vient marteler aux professeurs :  "Votre rôle ce n'est pas seulement de leur faire apprendre une leçon, il faut surveiller leur comportement. S'ils disent quelque chose de mal à leur camarade, vous devez leur dire". A côté de lui, Fayez, le directeur de l'établissement, appuie les propos d'un geste de la tête. A la fin de la rencontre, il confie " les islamistes, ce n'est pas seulement le cauchemar des chrétiens, c'est le mien aussi. En tant que musulman modéré, je ne fais pas confiance aux Frères musulmans et encore moins aux salafistes. Ce mélange entre politique et religion, je n'y crois pas. Ce n'est pas notre Egypte !".

La rencontre terminée, Père Benyamin, infatigable, repart sur les routes de campagne, munis de son grand sourire, à la rencontre des fidèles bien au-delà de sa paroisse. L'une des ses étapes habituelles, Al Qosseya, une ville de 30 000 habitants dont 10 000 coptes à une dizaine de kilomètres d'Ezbet el Rafael, où se trouve l'évêché. Un évêché cerné par une trentaine de mosquées, pour la plupart flambant neuves, et d'une demie douzaine d'autres en construction. L'une d'entre elle a dirigé son haut-parleur directement au niveau de la chambre de l'évêque. Lors des cinq prières quotidiennes, les "allah wa akbar" raisonnent dans le bâtiment excédants les prêtres contraints de communiquer par des gestes. Ce vacarme n'est pas nouveau, il joue avec leurs nerfs depuis une dizaine d'années. "Entre eux et nous, c'est la guerre froide : On reste chacun poli car on ne veut pas s'affronter de face, mais on n'en pense pas moins. Surtout maintenant qu'ils savent qu'ils ont le vent en poupe, ils n'ont pas de scrupules à nous inonder de leurs prières ou même à insulter notre évêque lors des prêches le vendredi,", s'exclame Père Luc, devenu prêtre pour soutenir sa communauté en souffrance.
 "Ces derniers temps, on a du réduire nos activités. On ne veut pas être trop nombreux réunis à un même endroit. On craint une attaque" , prévient Père Benyamin. De nouvelles règles visiblement difficiles à faire respecter. La cour de l'évêché, comme l'église attenante, fourmille, de l'aube jusqu'au coucher du soleil, defamilles dans leurs plus beaux habits. L'endroit, qui permet aux coptes de sortir de leur isolement est un refuge salutaire en particulier pour les femmes.  Parmi la foule, Abanob, le collégien, est là avec sa mère. Ils vivent dans un petit apparemment accolé à l'église. Devant un verre de soda, Manale, sa mère, s'abandonne : "Avant la révolution, je n'avais jamais entendu le mot salafiste. Maintenant, ils sont partout dans les rues avec leur barbe et leur visage fermé.  Quand on passe à côté d'eux, ils disent en arabe "Mon Dieu, aie pitié pour elle". Tout ça parce que je ne suis pas voilée !". Dans le salon, le poste de télévision alterne entre deux chaînes : El Aghapy, la chaîne traditionnelle copte égyptienne et El Haqiqa, "la vérité", cette fois-ci financée par la diaspora copte aux Etats-Unis. Crée par Ahmed Abaza, un musulman converti au christianisme, el Haqiqa a de nombreuses fois incitées à la haine contre les musulmans en colportant de fausses rumeurs. "C'est la seule qui relate vraiment nos problèmes. Mais je zappe quand Ahmed Abaza prend la parole. Lui, je ne le supporte pas. On voit bien que c'est un ancien musulman dans la manière dont il s'exprime, il y a tellement de violence dans ses propos", lance-t-elle en frottant nerveusement ses mains laissant apparaître au creux de son poignet la petite croix tatouée que portent tous les coptes en signe d'appartenance à la communauté.
22084_fouleManale n'ira pas voter aux prochaines élections :"A quoi ça sert ? Elles seront truquées une nouvelle fois". Pas facile d'effacer d'un revers de la main trente ans d'oppression. La participation aux élections, c'est le combat de Père Benyamin et de son ami le Père Luc. Ils soutiennent le "bloc égyptien", une coalition de socialistes, communismes, libéraux, chrétiens. Leur programme électoral ? Inexistant comme la plupart des partis. Leur force se trouve dans leur ferme volonté de faire front contre les Frères musulmans et les salafistes. Père Benyamin analyse :   "Il faut nous unir à tous les musulmans modérés, les vrais Egyptiens. Si nous votons tous, les extrémistes n'auront aucune chance".

 

Crédit photos  : Françoise Beauguion 

 

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29 novembre 2011

Egypte : test démocratique

Premières élections législatives démocratiques en Egypte. Neuf mois après la chute d'Hosni Moubarak, place aux urnes !

Elections législatives en Egypte, acte un : le scrutin qui durera six semaines a débuté hier. Neuf mois après la chute du président Moubarak, l'armée égyptienne a tenu parole : les premières élections démocratiques de l'histoire du pays sont sur les rails. 45 millions d'électrices et d'électeurs doivent se rendent aux urnes pour désigner 498 députés àla chambre basse du Parlement. Le scrutin se déroulera en trois étapes dans les provinces égyptiennes jusqu'au début du mois de janvier. Le pays a refusé tout observateurs internationaux, ce sont des citoyens bénévoles qui veillent sur ce scrutin. La transparence sera-t-elle au rendez-vous ? Un reportage de Marion Touboul, Ahmed Hassan Sami et Johann Prod'homme.

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27 novembre 2011

Les anciens du parti de Moubarak en campagne

Les Egyptiens s'expriment par les urnes pour la première fois depuis la chute du gouvernement Moubarak. Ce vote, qui se déroule sur deux jours, concerne près d'un quart de la population (celles d'Alexandrie, du Caire et de Louxor), soit 17, 5 millions sur 40 millions d'électeurs. 168 députés sur les 468 que compte l'Assemblée égyptienne seront ainsi élus. Des élections législatives sous fond de contexte politique très tendu.

Au Caire, les bureaux de vote ont été pris d'assaut très tôt ce matin : les élections législatives ont débuté ce lundi. Les Frères musulmans, qui se sont désolidarisés des jeunes de Tahrir, sont d'ores et déjà donnés favoris du scrutin. Mais on trouve aussi en lice, des membres du Parti National Démocratique, le PND, le parti de l'ancien président Hosni Moubarak. Quelles sont les chances de gagner pour ces candidats ? Reportage de Marion Touboul, Ahmed Hassan Sami et Johann Prod'homme.

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26 novembre 2011

Premières élections législatives après Moubarak

photo_1324481660131_1_0Climat de climat pour ces premières élections. Quel rôle joue aujourd'hui ces Egyptiens qui ont fait bouger le pays depuis le 25 janvier ? Ont-ils des chances de briguer des sièges au futur Parlement ?

Reportage sur Europe1 dans les Carnets du Monde :

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